mardi 23 janvier 2018

Au cinéma à cuers demain mercredi 24 janvier et la semaine prochaine



quelques mots sur la conférence du 19 janvier


 A l’Oustau per touti,  le 19 janvier, pour inaugurer l’année 2018 de belle façon, l’association
 à l’instigation du docteur Dominique Guffond-Maillard, a invité le docteur 
Marie-José HUBAUD, médecin du travail, à présenter son livre Grandeur, sexisme et infortune ,Des femmes au travail, paru en 2017 chez L’Harmattan.

Les habitués de nos conférences se sont pressés, nombreux et intéressés, pour entendre Marie-José Hubaud évoquer ce sujet d’actualité brûlant : les difficultés rencontrées par les femmes au travail. Sa conférence, nourrie d’anecdotes tirées  de ses expériences professionnelles et d’extraits de son livre lus et commentés par Dominique Guffond, a suscité un débat animé auquel ont participé aussi bien les hommes que les femmes de l’assistance.
Mais qui, mieux que Marie-José Hubaud , peut nous expliquer comment elle a fait monter la mayonnaise pour nous offrir un livre non seulement très agréable à lire, mais aussi plein d’un suspense magistralement ménagé autour  d’enveloppes kraft contenant lettres mystérieuses et reproductions de tableaux ? Donnons lui la parole.


"Ce texte s’enracine dans mon expérience de médecin du travail, je donne de la chair aux mots « travail des femmes ». Les femmes sont doublement pénalisées au travail : en tant que salariées et en tant que femmes. Le sujet de la place des femmes dans le salariat ne peut être dissocié de celui de la place des femmes dans la société, dans l’histoire, un voyage dans le temps. Travail féminin, c’est une histoire triste. La toile de fond de ce livre est sombre, sexisme, harcèlement, mais il y a aussi de la couleur, résistance, humour, talent. Pour illustrer les témoignages, j’ai choisi des tableaux comme têtes de chapitres : 
« Les Glaneuses » de Millet : histoire du travail des femmes,
 « Bureau la nuit » de Hopper : le secrétariat, place particulière des femmes dans le médical,
              « Femme qui pleure »  de Picasso : un petit garçon demande à sa mère : Pourquoi tu pleures, maman ? – Parce que je suis une femme, lui répond-elle,
« Una gorda » de Botero : le poids du poids et de l’image,
 « Femmes courant sur la plage » de  Picasso : espoir.
Espoir que le mouvement actuel autour du sexisme continue, travaille en profondeur, en chacun de nous, partout dans le monde."
                                                           

Nous espérons que Marie-José Hubaud viendra présenter ses ouvrages  à la troisième édition du Printemps du livre, organisée par La bibliothèque pour tous de Cuers et que vous pourrez alors la rencontrer.

Elisabeth GERARD.

lundi 15 janvier 2018

mercredi, cinéma, vendredi conférence débat

A cuers, on y va !!! 
Mercredi , 6 €, 7€ pour voir en 3D.... et des bonbons....
Vendredi, c'est gratuit ( avec le pot de l'amitié en supplément)


Les gardiennes de Xavier BEAUVOIS

Critique de TELERAMA  lors de la sortie en salle le 05/12/2017  

Par Louis Guichard

Des femmes sans hommes, sept ans après Des Hommes et des dieux, du même Xavier Beauvois. Des femmes dans une ferme, il y a un siècle, pendant la Première Guerre mondiale. Voir Les Gardiennes, c’est s’embarquer, à tous égards, pour un voyage dans le passé. L’auteur du roman adapté (1) , Ernest Pérochon (prix Goncourt en 1920 pour un autre livre, Nêne), a sombré dans l’oubli. Le monde représenté, la vieille paysannerie française, est presque effacé. Et le cinéaste, loin de l’injonction con­temporaine d’efficacité, avance dans les pas du Maurice Pialat de Van Gogh : il croit à la durée, aux silences, à l’expressivité des plans — paysages, natures mortes, fragments de corps —, indépendamment des dialogues.
La correspondance est donc complète entre le travail de la terre échu aux héroïnes, si concret, si lent, et la patience de Xavier Beauvois construisant son film comme un mur de pierres sèches : l’ampleur, l’intensité ne se donnent pas d’emblée. Par ailleurs, l’entreprise a ses fragilités : dans le rôle de la mère, responsable de la ferme, Nathalie Baye est desservie par le zèle des coiffeurs et maquilleurs à la vieillir, obstacle passager à son jeu pourtant irréprochable.
(Je l'ai trouvée très bien...)
Peu à peu, la singularité du film se déploie : cette parenthèse hors du temps, pendant des saisons, des années. Ces vies suspendues à une éventuelle mauvaise nouvelle, et où tout est reporté à un hypothétique « après la guerre », prononcé comme une formule magique. Quand les héroïnes ne travaillent pas aux champs, elles se rongent les sangs. Quand les hommes reviennent pour une permission, ils sont fantomatiques, hagards, hantés par la barbarie des combats : les seules scènes de guerre au sens strict proviennent de leurs cauchemars. Les sermons, dans la petite église du village, mettent des mots sur la souffrance de cette société de taiseux. Et, pendant ce temps, de beaux soldats américains en attente d’ordres tournent autour des jeunes femmes.
Xavier Beauvois et son opératrice Caroline Champetier filment magnifiquement les visages : Laura Smet (la fille aînée), Cyril Descours (le fils cadet) n’ont jamais paru aussi vulnérables et vrais. Mais la meilleure part tient à un événement dont le cinéaste a indiqué qu’il était en partie survenu durant le tournage. Dans le rôle de l’orpheline, recrutée par les fermières pour pallier l’absence des hommes, la débutante Iris Bry, mélange de modestie et d’éclat, devient, irrésistiblement, la véritable héroïne des Gardiennes. C’est une affaire d’aura, puis de présence effective à l’écran. D’où l’impression rare d’assister à la réécriture de l’histoire, à la réinvention du film en cours de route.
Outre le happening artistique (naissance d’une actrice, aussitôt l’égale des vedettes), cet événement a des résonances politiques. Dans le scénario, la petite employée de ferme, dure à la tâche, est bientôt accusée à tort de mauvais comportements, victime sacrifiée sur l’autel des convenances. Or la mise en scène contredit cet évincement. Rejetée par les personnages, la jeune fille est choisie, élue par le cinéaste. Mieux, c’est à elle que revient d’incarner, en quelques scènes lumineuses, l’émancipation à venir des femmes et, à la fin de cette guerre, le retour impromptu de la joie.


retenez la date Vendredi 19 janvier 18h30

  
Voilà ce qu'elle nous en dit....


Le sujet du travail des femmes m’a travaillée dans mon métier de médecin du travail, il me travaille en tant qu’écrivain.
             « La médecine et l’écriture romanesque sont d’abord toutes les deux des arts du regard. Parmi les métiers contemporains, il en existe peu qui contraignent et enseignent à regarder les autres… » a écrit Jean Christophe Ruffin.
           J’ai observé, j’ai écouté… des femmes de ménage, des infirmières, des assistantes dentaires, des ouvrières d’usine, des serveuses, des caissières, des instrumentistes, des cadres d’entreprise, des comptables, des télévendeuses, des manipulatrices radio, des employées de bureau… Et puis, j’ai écrit… 
            J’ai écrit autour d’elles, leurs corps, leurs voix, leurs histoires… Le féminin au travail est pénalisé, malmené, synonyme de précarité mais aussi de résistance et de talent.
Marie José Hubaud

Vous trouverez dans le blog des articles complémentaires sur la manière dont Marie-Josée HUBAUD, médecin du travail aborde ces questions la souffrance au travail masculine et féminine.

En savoir plus sur notre conférencière...

Article du journal  Libération  sur le premier livre de Marie-José HUBAUD, éd. La Découverte.
Des hommes à la peine, carnets d’un médecin du travail

« Le corps se tasse, envoie des signaux »
Par Eric Favereau — 30 septembre 2008

Elle en parle si joliment. C’est rare, un médecin qui a des mots de poète pour parler de ses malades. Marie-José HUBAUD est médecin du travail. Elle raconte, décrit des scènes, des moments.

 Ce sont souvent des accidents : «Trahi par la machine. Depuis le temps il avait appris à la connaître, à interpréter ses petits bruits… Il la traitait avec respect, c’était une bonne machine. Et qu’est-ce qu’elle lui a fait ? Accident de travail ! Elle lui a mangé deux doigts, les deux meilleurs, le pouce et le majeur droit. Il est incapable de se rappeler comment ça s’est passé… » Et après ? « On lui a greffé deux "choses", le chirurgien dit deux doigts, lui il dit des "choses", il n’a pas d’autre mot pour parler de ces trucs boudinés et gonflés à la fois qu’ils lui ont fabriqué à partir de trois de ces orteils. Le chirurgien est très content, il dit que la greffe a bien pris, mais lui est terrifié, il n’ose pas regarder sa main, il a peur de se mettre à hurler… » Il est comme d’autres, ouvriers ou employés, qui viennent à son cabinet. Peu à peu, au fil des ans et de la fatigue de leur travail, leur corps les trahit. Un corps « qui se raidit d’un côté et se tasse de l’autre, qui envoie des signaux de plus en plus fréquents ». « Un voyant qui clignote, c’est rien, ça va passer, le voyant devient fixe… » Et cela dérape : « Ils sont devenus sourds, leurs articulations sont bloquées et douloureuses, leur souffle est court et haché, leur dos, mon Dieu, leur dos ! Ils sont enfin reconnus en maladie professionnelle ou ils ne le sont pas… »

Tout est ainsi. Mis en mots avec douceur et chaleur. Marie-José Hubaud aime ces patients, elle écoute ces employés qui viennent à la « médecine du travail ». Certains sont abattus, d’autres arrivent avec des secrets. D’autres se noient dans des silences : « J’aime les hommes quand ils demandent : je peux vous parler cinq minutes ? Ça fait cinq minutes que l’examen est terminé, ils sont prêts à partir, ils n’ont presque rien dit, moi non plus… Et là, devant la porte, ils ouvrent la bouche, ils ont un trou d’air, ça fait un bruit de forge, ils craquent, non ils ne veulent pas s’asseoir… Je reste là debout à côté d’eux, je ne parle pas, je ne bouge pas, et quand la vague se retire, ils disent qu’ils ne savent pas ce qui leur a pris, que ça ne leur ressemble pas, mais pas du tout, que maintenant ça va ils n’ont pas envie de parler, ça va mieux c’est tout. » 


Article du journal LE MONDE |  du 12.11.2008 |
 Par  Yves-Marc AJCHENBAUM
Des hommes à la peine, carnets d'un médecin du travail", de Marie-José HUBAUD :
" une plongée dans le monde de la souffrance "

L'auteur maintient la distance, essaye de ne pas se faire aspirer par la douleur ou la violence de ses interlocuteurs, et ne se complaît ni dans le témoignage compassionnel ni dans la misanthropie.
Le corps de l'homme est bavard. A sa façon, il raconte la vie, les plaisirs, les tensions comme les douleurs. Impossible de se cacher, même lorsque la parole est rare. Marie-José Hubaud, médecin du travail, est bien placée pour décrypter les histoires singulières des salariés qu'elle a rencontrés au cours de sa carrière.
Au milieu du "silence pudique", des "silences profonds peuplés de fantômes", "du silence vide", il y a ce qu'elle appelle le "parler des corps". Elle les observe, les palpe, mesure et constate : l'énergie déployée et l'usure, la déprime et la renaissance. Elle écoute aussi, ceux qui, la main sur la poignée de la porte du cabinet médical, osent un "je peux vous parler cinq minutes", où interrogent en souriant, l'air de rien, "je vais me marier cette année, j'ai tué ma première femme, vous pensez que je dois le dire à ma fiancée ?" Le docteur HUBAUD effleure l'intime et la réalité du monde du travail s'impose d'autant.

Dans les PME, sur les chantiers, au garage, dans une fonderie, une grande surface ou une décharge, il y a les apprentis "oiseaux tombés du nid", les "corps somptueux (...), deltoïdes déployés comme des focs ballons", ceux qui attendent en silence la retraite, les tricheurs en quête d'un arrêt et celui qui a "mal à son travail".

Il y a aussi les patrons : les attentifs prêts à faire évoluer un poste de travail, l'escroc séduisant, le sentimental qui aime les truites et la pêche à la mouche, le hargneux lorsque débarque le médecin du travail dans l'atelier, le cynique et les obsédés du trop d'Etat, du trop de charges, du trop de concurrences sans parler de la paresse des ouvriers...

L'auteur maintient la distance, essaye de ne pas se faire aspirer par la douleur ou la violence de ses interlocuteurs, et ne se complaît ni dans le témoignage compassionnel ni dans la misanthropie. Cela donne, loin de la logorrhée militante, un texte délicat et chaleureux sur un monde qu'elle réduit volontairement à sa masculinité. Dans ce livre, la seule femme, c'est elle. Le "travail féminin est une histoire triste", écrit-elle, nous promettant, au détour d'une page, un autre ouvrage "avec des couleurs sombres". Puis elle revient à ses hommes.

La phrase est courte, le trait rapide : il saisit la main molle, le regard violent ou goguenard, il esquisse le gros costaud déprimé, l'homosexuel tardif, le comptable obèse qui rêve de construire des ponts, l'alcoolique qui ne boit jamais avant midi. On est dans la saleté, les courants d'air, les charges à porter, le bruit ; on est dans la promiscuité et dans les rires, dans l'indifférence et l'affectif.

Marie-José Hubaud, regard féminin sur des corps vivants, nous rappelle à la fragilité des hommes comme les photos de Dorothea Lange ou David Seymour. Il y a du charnel dans son texte et une certaine fascination pour ce colloque singulier toujours possible entre les quatre murs du cabinet médical. Mais il y a aussi le besoin d'aller voir, de vaincre les regards, les ricanements, d'accepter d'être ignorante, d'apprendre.

Reste que l'auteur se trouve, d'une certaine façon, prisonnière de son récit au point de n'évoquer la réforme de la médecine du travail de 2004 et les modifications en cours aujourd'hui, qu'en vingt lignes pleines de sous-entendus incompréhensibles pour le commun des mortels.
C'est dommage. Si elle a su donner de la vie aux anonymes des mondes du travail, elle a aussi évacué une réflexion sur sa fonction, son institution et leur évolution. Mais cela impliquait de quitter le récit pour s'engager dans le débat. Un tel choix aurait permis d'atténuer le côté carnet de voyage du livre. 

DES HOMMES À LA PEINE, CARNETS D'UN MÉDECIN DU TRAVAIL de Marie-José Hubaud. La Découverte, 192 pages, 12 €.